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Des milliers d'enfants frappés et violés dans des institutions catholiques

Des milliers d'enfants frappés et violés dans des institutions catholiques
source : Associated Press (AP) Shawn Pogatchnik
20/
05/2009 12h27 - Mise à jour 20/05/2009 17h27

Coups,
viols, humiliations en tous genres: la liste est longue des mauvais traitements et agressions sexuelles commis en Irlande dans les institutions sous administration catholique qui ont accueilli les enfants les plus vulnérables de la société jusqu'aux années 1990, selon un rapport accablant rendu public aujourd'hui à l'issue de neuf ans d'investigations.

L
e rapport de 2600 pages de la commission d'enquête sur les mauvais traitements infligés à des enfants a été dévoilé par le juge de la Haute Cour Sean Ryan. Ce dernier a présidé les travaux à partir de 2003 en remplacement de la juge Mary Laffoy, qui avait démissionné en reprochant au ministère de l'Education de bloquer l'enquête.

Le do
cument s'appuie sur les témoignages de plusieurs milliers d'anciens élèves, des femmes et des hommes aujourd'hui âgés de 50 à 80 ans, ainsi que sur les récits de responsables -à la retraite- de plus de 250 institutions placées sous administration catholique.

«U
n climat de peur, créé par des châtiments insidieux, excessifs et arbitraires a grandi dans la plupart des institutions et dans toutes celles accueillant des garçons. Les enfants vivaient avec la terreur quotidienne de ne pas savoir d'où viendrait le prochain coup», souligne le rapport.

D'après l
a commission, le système tout entier traitait les enfants davantage comme des esclaves et des détenus que comme des êtres disposant de droits légaux.

Plus de
30 000 enfants considérés comme des délinquants ou issus de familles à problèmes -une catégorie qui englobait souvent les mères célibataires- ont été envoyés dans les écoles techniques, maisons de redressement, orphelinats et foyers administrés par des catholiques, entre les années 1930 et les années 1990, période marquée par la fermeture des dernières institutions.

S
elon les conclusions du rapport, attentats à la pudeur et viols étaient «endémiques» dans les établissements réservés aux garçons, principalement dirigés par la congrégation des Frères chrétiens. Les filles, dont s'occupaient des religieuses, essentiellement les Soeurs de la miséricorde, ont moins souffert d'abus sexuels. Cependant, elles étaient victimes d'agressions et d'humiliations fréquentes, destinées à provoquer chez elles un sentiment de dépréciation.

La pr
éoccupation principale des ordres religieux était d'étouffer le scandale sous le poids du secret, selon la commission, qui condamne également le ministère irlandais de l'Education pour avoir contribué au maintien de ce système à travers de rares inspections présentant des «défauts».

Le
rapport formule 21 propositions afin que le gouvernement reconnaisse les torts passés, notamment la construction d'un mémorial permanent, une aide psychologique aux victimes et l'amélioration des services de protection de l'enfance en Irlande.

M
ais ses conclusions ne seront pas utilisées à des fins judiciaires, en partie parce que les Frères chrétiens ont intenté avec succès une action contre la commission en 2004 pour que le rapport ne nomme aucun membre de la congtation, mort ou en vie. Aucune des identités, que ce soit celle des victimes ou des auteurs de mauvais traitements, n'apparaît dans le document final.

Aprè
s la publication du rapport, le cardinal Sean Brady, chef de l'Eglise catholique irlandaise, s'est dit «profondément désolé». «Et j'ai profondément honte que des enfants aient souffert de façon si effroyable dans ces institutions», a déclaré le cardinal.

Le
s Soeurs de la Miséricorde, qui dirigeait plusieurs des foyers de jeunes filles cités, ont reconnu que nombre d'enfants avaient souffert de mauvais traitements, exprimant leur «grande tristesse».

Le por
te-parole des Frères Chrétiens, le père Edmund Garvey, a reconnu pour sa part qu'à la lecture du rapport, «il est difficile d'éviter de ressentir de la honte».

Mai
s plusieurs victimes, qui n'ont é empêchées d'assister à la présentation publique du rapport et ont eu des accrochages avec la police dans un hôtel de Dublin, ont dénoncé un rapport qui ne va pas assez loin selon elles.

John Kelly, un ancien pensionnaire d'une école d'apprentissage de Dublin qui avait fui à Londres et dirige aujourd'hui une association de victimes d'abus, a expliqué que le rapport aurait dû étudier comment des enfants comme lui avaient pu être retirés à leurs parents sans motifs valables. Il a dénondes excuses qui sonnent «creux». «Je me sens trahi et trompé aujourd'hui», a-t-il dit.

L
e gouvernement irlandais a déjà octroyé des fonds en faveur d'un dispositif d'indemnisation parallèle, en vertu duquel 12 000 victimes ont reçu en moyenne 65 000 euros. Quelque 2000 dossiers sont en suspens.

Le
s victimes bénéficient d'indemnités seulement si elles renonçent à leur droit d'intenter une action en justice contre l'Etat et l'Eglise. Des centaines de personnes ont rejeté cette condition pour traîner devant les tribunaux les auteurs de mauvais traitements et les ecclésiastiques qui les employaient.

# Posté le jeudi 21 mai 2009 06:53

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